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"Concilier indépendance et maintien de la France", contribution d'un citoyen calédonien non-kanak

La rédaction de la LETTRE NC a souhaité partager de manière brute une contribution transmise par un citoyen calédonien non-kanak qui préféra néanmoins conserver l’anonymat par peur de représailles venant de son ancienne famille politique. Une réflexion intéressante en ce qu’elle développe l’idée de concilier droit à l’indépendance et maintien de la présence française en Nouvelle-Calédonie. Une analyse teintée de pragmatisme et de réalisme à l’heure où chacun appelle à repenser le lien avec la France tout en préservant un pays pluriculturel dans sa diversité mais uni dans son identité.


« La droite calédonienne est enfermée dans une vision et un cadre de pensée rigides et pas très réalistes. Ses déclarations relèvent plus de l'incantation que de la lucidité politique. Le discours autocentré est toujours le même, le 3e référendum consacrera définitivement la Nouvelle-Calédonie dans la France, dans un modèle où l'on prône surtout le statu quo.


Pourtant, la véritable question est de savoir si il est tenable pour la France à long terme, de maintenir la Nouvelle-Calédonie sous sa tutelle, dans un environnement qui fait place à toutes les convoitises de la part de grandes puissances étrangères très intéressées par nos ressources naturelles ?


Au premier rang de ces puissances figure la Chine, qui tisse sa toile dans la région à travers son aide au développement économique aux Etats du Pacifique. C'est une véritable stratégie d'encerclement de la Nouvelle-Calédonie qui est mise en place : Micronésie, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Kiribati, Salomon, Samoa, Tonga, Niue, les îles Cook, Fidji, et le Vanuatu. Tous ces pays bénéficient de l'assistance économique de la Chine.


Quant à l'Australie, elle réalise que la Nouvelle-Calédonie constitue le dernier rempart qui la protège d'une hégémonie chinoise galopante et de plus en plus préoccupante à ses portes. L'Australie sait que l'affaire des sous-marins a considérablement affaibli la position de la France, qui semble intenable dans le temps, aussi elle envoie de plus en plus de signes d'amour à l'égard du mouvement indépendantiste.


La France, si elle décidait de se maintenir aveuglément, sans solder le contentieux colonial historique au passif de sa présence dans la zone, prendrait le risque énorme de voir le peuple kanak se retourner un jour vers la Chine pour satisfaire son objectif de souveraineté. La France dispose d'une chance énorme, avec la dernière étape du processus de décolonisation qu'elle a engagé depuis plus de 20 ans en Nouvelle-Calédonie, à la fois de solder son contentieux colonial et de sécuriser ses intérêts à long terme dans la zone.


Aussi, au lendemain du 3e référendum, la tentation sera-t-elle grande de faire évoluer l'accord de décolonisation vers une solution d'indépendance en partenariat (appelée aussi indépendance en association) avec la Nouvelle-Calédonie. Cette solution préconisée par les indépendantistes depuis de nombreux mois, aurait l'avantage de traiter le contentieux colonial historique par un accès à la souveraineté et permettrait à la France par le biais d'un partenariat avec la Nouvelle Calédonie, de sécuriser sa position dans la zone.


La stratégie de la France est de plus en plus claire, elle compte renforcer sa position diplomatique mondiale en devenant la première puissance maritime de la planète. Ainsi, l'intérêt d’un accord de partenariat avec une future Nouvelle-Calédonie souveraine serait de pouvoir maintenir un accès prioritaire à ce qui constitue aujourd’hui sa deuxième zone économique exclusive (ZEE) la plus importante après celle de la Polynésie française. L’accès aux ressources halieutiques, aux ressources minérales, avec les hydrocarbures, les terres rares, l'hydrogène naturel, l’eau et le contrôle des flux maritimes constituent les enjeux majeurs de la diplomatie moderne. Aussi la perte de contrôle de la ZEE calédonienne constituerait-elle un deuxième échec diplomatique retentissant dans la zone pacifique et serait susceptible d’être à l’origine d’une gangrène régionale.


La France a déjà effectué un énorme travail sur ce qui pourrait donner lieu à la trame d'un partenariat avec le nouvel État indépendant. Le document sur les conséquences du OUI et du NON, que d'aucuns ont interprété comme étant un plaidoyer contre l’indépendance, détaille en fait tous les sujets et modalités sur lesquels les partenaires devraient s'accorder pour structurer une indépendance association.


Toutefois, pour que ce partenariat soit viable et durable, il devra être établi sur des bases équilibrées, répondant à des intérêts partagés. La Nouvelle-Calédonie, forte de son expérience et de son historique dans l'industrie minière et métallurgique, ne se contentera pas d'une exploitation irréfléchie de ses ressources naturelles, ni de retombées qui ne seraient pas à la hauteur de ses intérêts. Elle doit négocier d'égal à égal avec l'État français, à la recherche d’intérêts partagés.


La hyène de Hyehen »

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