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  • La rédaction

[COVID-19] Au congrès de la Nouvelle-Calédonie, la solidarité s'apprécie différemment

Jeudi dernier, le Congrès de la Nouvelle-Calédonie s’est réuni pour examiner une délibération instaurant diverses aides et mesures liées à la crise sanitaire de la covid-19. L’occasion, une fois de plus, de révéler les positions divergentes de chacun avec l’épineuse question de qui doit contribuer à la solidarité face aux difficultés que le pays traverse actuellement.



Le premier sujet concernait le financement du Fonds autonome de compensation santé publique (FACS). Ce Fonds destiné à indemniser les travailleurs isolés à domicile car malade asymptomatique ou « cas contact » et subissant, de ce fait, une perte de salaire, est financé à 75% par la CAFAT et 25% par la Nouvelle-Calédonie. Les mutuelles peuvent, si elles le désirent, participer au financement de ce Fonds. C’est ce qui a été fait lors du précédent confinement avec une contribution à hauteur de 1,3 millions CFP sur les 400 millions CFP engagés par le Fonds, soit une part d’environ 0,5%.


Face à ce constat amer, le gouvernement proposait au congrès de voter une contribution obligatoire des quatre mutuelles présentes au niveau local. Celle-ci devait se répartir proportionnellement à leur nombre d’adhérents avec un calcul tenant compte de leurs réserves financières évaluées à près d’un milliard de francs. Au total, il était donc demandé au congrès d’obliger les mutuelles à contribuer à plus de 500 millions CFP, montant qui viendrait alors alléger la part normalement versée par la CAFAT.


Après de longs débats houleux au sein de l’hémicycle, c’est finalement une majorité composée des élus de l’UNI, l’UC-FLNKS et de l’Eveil Océanien qui a permis l’adoption de cette mesure face à l’opposition des membres de l’Avenir en Confiance, Génération NC et Calédonie Ensemble.


Le second sujet concernait les frais funéraires que beaucoup de familles ont dû régler avec difficulté ces dernières semaines. Le gouvernement demandait au congrès l’autorisation d’encadrer les prix des services funéraires de manière provisoire (le temps de la crise) pour plusieurs raisons. Parce qu’en temps normal ces frais représentent déjà un coût important pour les ménages (tarif le moins cher à 370 000 CFP soit 2,4 fois le SMG), parce qu’en temps de confinement la solidarité ne peut pas s’exprimer pleinement à travers les cérémonies coutumières par exemple et parce qu’une famille peut être malheureusement affectée par plusieurs deuils simultanés. L’intérêt d’encadrer les prix temporairement avait même était reconnu par l’Autorité de la concurrence dans son avis rendu le 12 octobre dernier.


Cette fois-ci, une majorité composée des élus de l’Avenir en Confiance, Génération NC, Calédonie Ensemble et l’Eveil Océanien a rejeté la mesure, préférant prioriser le deuxième dispositif proposé par le gouvernement consistant pour la collectivité à prendre en charge une partie des frais funéraires pour aider les familles endeuillées.

Une position politique des non-indépendantistes qui révèle un certain état d’esprit résumé de la manière suivante : en cette période de crise sanitaire, la solidarité doit être uniquement supportée par la puissance publique. Il ne faut surtout pas solliciter les mutuelles dont le matelas financier est pourtant conséquent grâce aux cotisations des travailleurs, il ne faut surtout pas encadrer les prix des pompes funèbres et menacer le niveau de leurs marges alors que leur activité n’a jamais été aussi lucrative en raison du taux de mortalité anormal auquel le pays est confronté. Quand certains prônent la solidarité de tous les Calédoniens pour tous les Calédoniens, d’autres souhaitent faire peser le poids de la crise sur les finances publiques avec pour conséquence la nécessité d’aller chercher toujours plus de financements extérieurs (Etat, établissements bancaires…) sous forme de subventions ou de prêts.


Une bien belle image de la conception que certains ont de la solidarité !

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