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  • La rédaction

Le Ministre des Outre-mer appelle à trouver un nouvel accord

Dernière mise à jour : févr. 28

Crédits photo : La Gazette des communes

Dans une tribune publiée aujourd'hui au Journal du Dimanche, Sébastien Lecornu affirme qu'il n'y a pas d'autre issue pour la Nouvelle-Calédonie qu'un nouvel accord entre les deux camps. En cas de victoire des non-indépendantistes ceux-ci devraient "tendre la main à la presque moitié des électeurs qui aura voté oui". A l'inverse, l'indépendance sèche, sans préparation, apparaît insurmontable. "Les indépendantistes s'accordent à souhaiter un partenariat avec la France. Encore faudrait-il pouvoir en discuter. Ceux qui appellent à voter oui doivent expliquer leur vision de l'avenir". Retrouvez l'intégralité de cette tribune.


"La Nouvelle-Calédonie est à un moment charnière de son histoire. Depuis 1988, et plus que jamais aujourd'hui, se joue à 16.000 km de Paris un processus de décolonisation unique, sous le regard de l'ONU. Si le chemin entamé depuis la poignée de mains historique entre Jacques Lafleur, favorable au maintien de la Nouvelle-Calédonie au sein de la République, et Jean-Marie Tjibaou, président du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), a donné trois décennies de paix au "Caillou" après les graves événements des années 1980, le processus acté dans l'accord de Nouméa arrive inévitablement à son terme au plus tard en 2022, quel que soit le résultat du troisième référendum s'il était demandé. Il nous appartient ainsi collectivement d'imaginer la suite, en cas de victoire du oui comme du non, et de penser l'avenir institutionnel du territoire.


Il n'y a pas d'autre issue qu'un nouvel accord entre les deux camps. L'Etat, troisième partenaire et garant des accords, s'y tient prêt. C'était le sens de mon déplacement en Nouvelle-Calédonie à l'automne, à la demande du président de la République et du Premier ministre. Pour autant, il reste encore du chemin à parcourir alors que le temps presse. En effet, il nous reste seulement six semaines avant le 4 avril, date à partir de laquelle un tiers du congrès calédonien pourra décider d'un éventuel troisième référendum. Le deuxième, qui a eu lieu le 4 octobre 2020, a donné pour la deuxième fois consécutive une majorité au "non" à l'indépendance (53,26%). Mais l'écart s'est resserré depuis le précédent organisé en 2018. Inévitablement, la mécanique des référendums d'autodétermination successifs, prévue dès 1998 par l'accord de Nouméa, divise et polarise. Surtout, les consultations de 2018 et 2020 ont mis à jour deux blocs ethniquement et géographiquement homogènes. Elles laissent ainsi présager la courte victoire d'un camp sur l'autre, dans l'hypothèse du troisième et ultime référendum. Les accords de 1988 et 1998 avaient trouvé le chemin difficile de la paix. Ils ne pouvaient cependant que l'ouvrir et confier à d'autres le soin de le prolonger. Leur fin juridique n'a pas été écrite à l'avance : en cas de oui, les contours de la "pleine souveraineté" restent à définir ; en cas de triple non, "les partenaires politiques se réuniront pour examiner la situation ainsi créée".


Conscient des risques d'une troisième consultation dont le lendemain n'aurait pas été anticipé, le gouvernement continue de jouer pleinement son rôle. En octobre dernier, j'ai pu réunir sur l'îlot Leprédour les principaux responsables politiques calédoniens, permettant ainsi de rétablir un dialogue trop longtemps rompu entre les deux camps. Depuis, les contacts bilatéraux sont constants avec les différentes parties prenantes. Mais certains refusent le cadre multilatéral pourtant indispensable pour prendre les décisions qui s'imposent et préparer ainsi les prochaines échéances. Comme les partisans du maintien dans la France qui, en 2018, avaient quitté le précédent groupe de dialogue, ce sont aujourd'hui les indépendantistes qui pratiquent la chaise vide. Ceux-ci posent, pour préalable, des conditions à la reprise d'une usine de nickel par le seul consortium en lice, au risque d'une fermeture qui mettrait en péril près de 3.000 emplois. Depuis novembre, l'affaire s'enlise et nous empêche de nous occuper des autres vraies questions. Pour y répondre, il est indispensable d'être à l'écoute des aspirations profondes des Calédoniennes et des Calédoniens. L'Etat a engagé, en janvier, une grande consultation de la société civile. Les premiers résultats nous parviendront bientôt. Dans le même temps et à leur demande, nous transmettrons aux responsables politiques calédoniens une synthèse approfondie et inédite des conséquences du "oui" et du "non".


L'horloge continue de tourner et les prochains jours seront décisifs. C'est pourquoi d'autres initiatives suivront, car le statu quo n'est pas possible, ni politiquement, ni juridiquement, ni même économiquement. Si, par trois fois, la Nouvelle-Calédonie confirmait son souhait de rester française, il conviendrait alors de lui donner un nouveau statut dans la République. Mais, trois fois vainqueurs, ceux qui appellent à voter "non" devraient aussi tendre la main à la presque moitié des électeurs qui aura voté "oui". : la République est une promesse de rassemblement. A l'inverse, l'indépendance sèche, sans préparation, apparaît insurmontable. Ses conséquences humaines, sociales, économiques seraient assurément désastreuses. Personne ne la réclame : les indépendantistes s'accordent à souhaiter un partenariat avec la France. Encore faudrait-il pouvoir en discuter. Ceux qui appellent à voter "oui" doivent expliquer leur vision de l'avenir à ceux qui appellent à voter "non" et, pour cela, revenir à la table des discussions. "La France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie" : par ces quelques mots, en mai 2018, le président de la République a dit à la fois notre attachement au Caillou et notre respect absolu du processus d'autodétermination qui s'achève. Le gouvernement se tient prêt à rechercher, dès aujourd'hui, une nouvelle solution consensuelle pour la Nouvelle-Calédonie."

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